La ligne 9 de 1900 à 2012

Le 16 janvier 2012, le réseau TAG a été restructuré sur le secteur nord-est, correspondant aux communes de La Tronche, Corenc et Meylan. La mise en œuvre d’une nouvelle appellation des lignes de bus a eu pour conséquence notamment la disparition de la ligne n°9 (Grand Sablon / La Détourbe). C’est l’occasion de revenir sur son histoire.

la ligne du Cimetière, ici sur la place de la Constitution (aujourd'hui place de Verdun) © collection Jean-Marie Guétat

la ligne du Cimetière, ici sur la place de la Constitution (aujourd’hui place de Verdun)
© collection Jean-Marie Guétat

La Société Grenobloise de Tramways Électriques (SGTÉ) est constituée le 13 avril 1897 et ouvre ses deux premières lignes quatre jours plus tard : Grenoble/Eybens et Grenoble/Varces. Le tramway (à vapeur) roulait déjà dans Grenoble puisque la SVFD les CEN avaient déjà mis en service leur ligne respectivement en 1894 en direction de Vizille et 1895 sur la ligne de Veurey. Le réseau de la SGTÉ s’étoffe en 1900 avec l’ouverture de quatre nouvelles lignes, dont la ligne place Grenette/Gare PLM le 9 août et la ligne Place Grenette/Cimetière Saint-Roch le 14 août. Une septième ligne sera ouverte l’année suivante.

 

 

tramway SGTÉ au terminus du Cimetière Saint-Roch

tramway SGTÉ au terminus du Cimetière Saint-Roch
© collection Jean-Marie Guétat

C’est donc en 1900 que débute l’histoire de la 9. Ou plutôt la « préhistoire » puisque les itinéraires de tramway de Grenoble n’ont jamais été numérotées. Quelques années plus tard, ces deux lignes sont fusionnées pour former la ligne Gare PLM/Cimetière. Il faudra en fait attendre le 30 octobre 1925 pour que le tramway atteigne réellement le cimetière, situé au-delà des fortifications de la ville. Lors de l’inauguration, on s’aperçoit qu’il manque quelques centimètres pour que le tramway puisse passer sous la Porte des Adieux. Le terminus y est donc établi, et ce n’est que lors de la suppression totale des fortifications de la ville, en 1925, que la ligne pourra atteindre son but initial, quelques centaines de mètres plus loin.

Ce petit prolongement est l’un des derniers du réseau qui est alors à son apogée. Les premières rétractations de lignes ont lieu en 1938, et le dernier tramway de voyageurs roulera à Grenoble le 31 août 1952, sur la ligne du cours Berriat. Le trolleybus remplace des lignes de tramway à partir du 29 juillet 1947. Et la première ligne d’autobus de la SGTÉ  est mise en service le 5 juillet 1943, pendant l’occupation (elle sera interrompue du 9 juin 1944 au 1er mars 1946).

Chausson APH-2/522 de la ligne 9 au terminus Cité Jean Macé © Jean-Marie Guétat

Chausson APH-2/522 de la ligne 9 au terminus Cité Jean Macé, le 27/11/1966
© Jean-Marie Guétat

Le 28 novembre 1949, la ligne de tramway Gare SNCF/Cimetière Saint-Roch est remplacée par des autobus : c’est la deuxième ligne d’autobus de la SGTÉ. Elle prolonge son parcours au nord de la gare pour atteindre la Cité HBM Jean-Macé.

Si les lignes de trolleybus ont tout de suite porté un numéro au fur et à mesure de leur mise en service (1 à 4), ce ne fut pas le cas pour les lignes d’autobus, qui n’étaient pas numérotées, tout comme ne l’étaient pas également les lignes de tramway. Ce n’est que le 10 août 1953 que les lignes d’autobus reçoivent un indice de ligne. Ainsi naissent les lignes 5 à 9… et débute donc la véritable histoire de la 9 !

De 1962 à 1978, la ligne 9 va connaître plusieurs prolongements qui vont l’amener à son étendue maximale. Tout d’abord, le 27 octobre 1962 elle franchit l’Isère au-delà du cimetière Saint-Roch pour atteindre le cimetière du Grand-Sablon, sur la commune de La Tronche.

Chausson APH-521 au terminus Place des Résistants, le 8/6/1968

Chausson APH-521 au terminus Place des Résistants, le 8/6/1968…
© Jean-Marie Guétat

et  à l'autre bout de la ligne 9, vers le terminus Boileau, à La tronche, le 8/6/1967 © Jean-Marie Guétat

et à l’autre bout de la ligne 9, vers le terminus Boileau, à La tronche, le 8/6/1967
© Jean-Marie Guétat

décembre 1969

décembre 1969

Alors que la ville se modernise pour accueillir les 10e Jeux Olympiques d’hiver qui auront lieu en février 1968, le contexte est difficile pour les transports publics, malmenés par des aménagements et des plans de circulations visant à favoriser le trafic automobile.

Toutefois, le 18 décembre 1967 la ligne 9 est prolongée à ses deux extrémités : à l’ouest, de la Cité Jean-Macé jusqu’à la Place de la Résistance (ou Place des Résistants), desservant ainsi la presqu’île scientifique où sont notamment installés le CEA et le CNRS ; à l’est, du Cimetière du Grand-Sablon jusqu’à la rue Boileau, un terminus situé à proximité de l’actuel arrêt « Doyen-Gosse ».

Au début des années 70, les pouvoirs publics prennent conscience de l’intérêt du développement des transports publics. Le département de l’Isère et les communes de l’agglomération grenobloise s’entendent pour constituer le 9 octobre 1973 le SMTC (Syndicat Mixte des Transports en Commun). Celui-ci reprend la responsabilité des lignes de la SGTE et des lignes urbaines des VFD. Le 1er janvier 1975, la SGTE cède la place à la SEMITAG, et le réseau unifié prend le nom de TAG.

Prolongement de la ligne 9 à Meylan, le 25 octobre 1976

Prolongement de la ligne 9 à Meylan, le 25 octobre 1976

Le 21 mai 1976, la fréquence de la ligne est augmentée à un passage toutes les 11 minutes, avec des autobus neufs : des Berliet PR100-B. Le 25 octobre suivant, la ligne 9 poursuit son extension à l’est. Elle est prolongée de Boileau à la nouvelle mairie de Meylan, dans un quartier nouvellement créé.

Quelques mois plus tard, le 14 mars 1977, la 9 est encore prolongée dans Meylan jusqu’à La Détourbe, aux limites administratives de l’agglomération. Elle conservera ce terminus jusqu’à sa disparition en 2012.

Le 12 décembre 1977, un ultime prolongement de quelques centaines de mètres a lieu à l’autre extrémité, de la Place de la Résistance jusqu’à l’entrée de l’Institut Laue-Langevin. Renommé plus tard « Centre Nucléaire », c’est le terminus actuel de la ligne 34 sous le nom de « Polygone Scientifique ».

Le 6 novembre 1978, avec la création de la ligne de trolleybus n°25 (Grenoble/Meylan-Mairie), l’itinéraire de la 9 dans Meylan est modifié, pour devenir celui que l’on connaissait encore en ce début d’année 2012 : elle passe maintenant par les avenues de la Plaine-Fleurie, du Grésivaudan et de Chamrousse. La ligne 9 relie alors La Détourbe à Institut Laue-Langevin, ce qui correspond à son développement maximal. 9 ans plus tard, elle commencera une régression qui ne s’arrêtera pas.

Le 21 septembre 1987, une bonne partie du réseau TAG est modifié pour s’adapter à la mise en service de la ligne A du tramway, de retour dans l’agglomération. La ligne 9 perd toute sa partie à l’ouest du centre-ville : elle abandonne la desserte du Polygone Scientifique à la nouvelle ligne 34, et fait maintenant terminus à Trois-Dauphins.

Le 26 novembre 1990, la ligne B du tramway est mise en service et réduit encore plus fortement la ligne 9, qui est rabattue sur le tram à la station « Grand-Sablon ». Elle est ainsi exclue de Grenoble, et n’a désormais plus le moindre tronc commun avec son parcours d’origine. À cette même date, l’exploitation est confiée aux VFD (avec des bus SMTC aux couleurs TAG), en maigre compensation de la ligne 22 qui vient d’être supprimée au profit du tram B. Le parcours Grand-Sablon/La Détourbe de la ligne 9 ne sera plus modifié.

Un GX317 confié aux VFD, dans le rond-point du Lycée du Grésivaudan, le 17/4/2004

Un GX317 confié aux VFD, dans le rond-point du Lycée du Grésivaudan, le 17/4/2004
© Sylvain Blanchard

Le 29 janvier 2001, la ligne 9 est l’une des premières lignes du réseau à appliquer la montée par l’avant, qui sera généralisée progressivement sur l’ensemble des lignes avec des bus standards du réseau. En même temps, les PR100-2 qui l’équipaient sont remplacés par des GX317-2p flambants neufs. C’est la première fois que sont directement confiés aux VFD des véhicules neufs fraîchement acquis par le SMTC (excepté deux midibus MG36 pour la Navette Le Rabot en 1992 et 1995).

Dernière évolution notable, le 19 février 2007, le contrat d’affrètement de la ligne est remporté par Transdev Dauphiné, qui exploite maintenant la 9 à la place des VFD, toujours avec des bus SMTC aux couleurs TAG.

GX317 confié à Transdev Dauphiné, au terminus La Détourbe, le 14/1/2012

GX317 confié à Transdev Dauphiné, au terminus La Détourbe, le 14/1/2012
© Sylvain Blanchard

Et à l'autre extrémité, terminus Grand Sablon, en correspondance directe avec le tramway B (24/12/2011)  © Sylvain Blanchard

Et à l’autre extrémité, terminus Grand Sablon, en correspondance directe avec le tramway B (24/12/2011)
© Sylvain Blanchard

Le 16 janvier 2012, la ligne 9 est supprimée dans le cadre de la restructuration du réseau nord-est, et est remplacée en grande partie par la ligne Proximo. D’une ligne diamétrale traversant Grenoble, la ligne 9 est devenue, au fil de son évolution, une ligne d’importance secondaire, rabattant sur le tramway.

Mais mine de rien, sa disparition est un petit événement dans l’histoire des transports de Grenoble. Car Elle était la plus ancienne ligne du réseau encore en service et son indice 9 était le dernier survivant de la première numérotation du réseau de bus en 1953. Cette numérotation d’origine du réseau avait plusieurs fois évolué (notamment avec l’arrivée du tramway), selon des logiques diverses et variées, mais sans jamais éradiquer totalement les plus anciens vestiges… Jusqu’à cette fois-ci. Le plus ancien indice sera désormais le 13, qui est apparu le 29 mai 1964.

GX317 de la ligne 9 à l'arrêt Doyen Gosse, le 24/12/2011  © Sylvain Blanchard

GX317 de la ligne 9 à l’arrêt Doyen Gosse, le 24/12/2011
© Sylvain Blanchard

À l'arrêt Lycée du Grésivaudan – Bachais, le 14/1/2012  © Sylvain Blanchard

À l’arrêt Lycée du Grésivaudan – Bachais, le 14/1/2012
© Sylvain Blanchard

Le dimanche 15 janvier 2012, la ligne doyenne du réseau a donc tiré sa révérence. On retiendra que c’est le GX317 n°7629 (629 avec le préfixe 7 désignant les véhicules confiés à Transdev Dauphiné) qui a effectué l’ultime service ce dimanche 15 janvier. Le dernier départ de Grand-Sablon a eu lieu à 19h51 pour une arrivée à La Détourbe à 20h06, suivi d’un ultime départ à 20h12, pour un retour à 20h26 à Grand-Sablon. Une dizaine de passionnés s’est réunie ce dimanche soir pour saluer comme il se doit ce dernier voyage. Alors comme l’ont dit quelques uns des derniers clients en descendant à leur arrêt : « Adieu la 9 ! ».

Dernier départ de la ligne 9, le dimanche 15 janvier 2012 à 20h12 de La Détourbe, célébré par un groupe de passionnés © Sylvain Blanchard

Dernier départ de la ligne 9, le dimanche 15 janvier 2012 à 20h12 de La Détourbe, célébré par un groupe de passionnés
© Sylvain Blanchard

 

évolutions de la ligne 9 de 1900 à 2012

évolutions de la ligne 9 de 1900 à 2012

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